Adam Smith dirigera-t-il l’entreprise? J’en doute par Bertrand Duperrin

On dit souvent qu’il ne sert à rien de mettre en place une logique “2.0″ dans l’entreprise si c’est pour l’implémenter de manière “1.0″. Dit comme cela, entre nous, cela se comprend bien (et encore que…) mais c’est loin d’être clair pour l’essentiel de la population.

Cela fait référence à des modes de fonctionnement d’entreprise nommés en fonction de la comparaison entre deux époques de l’internet : l’une dite 1.0 et l’autre 2.0. Concrètement parlant cela revient à opposer un mode descendant et directif à un mode émergent reposant l’existence présumée d’une “Main Invisible” qui, comme celle d’Adam Smith en économie, feraient que les acteurs œuvreraient naturellement dans leurs choix et actes individuels à un “mieux” collectif sans qu’il soit nécessaire d’organiser ni piloter quoi que ce soit.

Quoiqu’il en soit, cela revient à opposer un modèle dirigiste en bout de course à un modèle angoissant pour l’entreprise à qui ont dit “votre survie en dépend mais ne vous en préoccupez pas, laissez faire vos salariés”. De la même manière que le monde économique s’est rendu compte que la main invisible d’Adam Smith gagnait à être guidée, il semble que la même conclusion s’impose pour l’entreprise qui ne peut pas ne compter que sur la sérendipité pour assurer sa pérennité puis son succès.

Regardons donc un rapide comparatif des principes directeurs “1.0″, “2.0″, puis “2.0 rationalisé”.

1.0 2.0 2.0 rationalisé
Command & Control Laisser faire Donner les buts, donner un cadre, laisser faire, aider, améliorer
Adoption par l’injonction Adoption par l’envie Adoption par le sens
Tout doit être scripté L’acteur est libre de ses choix et actes Un script comme fil d’Ariane rassurant pour apprendre à gagner en autonomie
Seul ce qui est immédiatement productif est autorisé Tout peut servir Besoin d’articuler le “in the flow” et le “over the flow”, donner un cadre et un temps à chacun
Tout est vertical Tout est horizontal & réseaux Vertical et horizontal s’articulent. Le vertical est un modèle de gestion de la responsabilité, l’horizontal un modèle de travail
Focus sur la structure organique (équipes, départements) Focus sur les communautés Articulation de l’organique et du communautaire
Tout ce qui n’est pas explicitement autorisé est interdit. La règle prime. Tout ce qui est contraire aux bons usages est déconseillé. Rien n’est obligatoire. Tout ce qui est hors d’un cadre défini est sujet à validation, tout ce qui est dans le cadre est possible. Une règle : “ne soyez pas stupide”.

Je parle ici des méthodologies de déploiement et d’”adoption”. Mais de manière générale il me semble évident que tant la Main Invisible que la Sérendipité, si elles peuvent apporter beaucoup à des structures aujourd’hui trop rigides ne constituent en aucun cas des business models ou des modèles organisationnels viables tels quels.

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Crédit Photo: Benjamin Boccas

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